Vivre à l’étranger : Les mauvais côtés de l’expatriation

Je n’ai jamais regretté une seule seconde mon choix de vivre à l’étranger. J’aime beaucoup ma vie, je m’amuse énormément, j’aime tellement tout ce que je fais et ce que j’apprends ici. Mais je pense qu’on ne parle que très peu des difficultés de tout laisser derrière soi et de recommencer à 0 dans un pays si différent. Être expat c’est cool, ça fait rêver beaucoup de gens. On entend des « tu as trop de chance » 10 fois par jour. Mais ce n’est pas facile d’en arriver la, et ce qu’il se passe derriere les jolies photos et les histoires qui font rever c’est pas toujours facile et ca fait du bien d’en parler.

Encore une fois cet article est subjectif et je parle uniquement en fonction de mon ressenti. L’expatriation est vécue de maniere différente selon les gens.

Commençons par ces « tu as trop de chance ». Surement une des phrases qui m’agacent le plus. Partir vivre a l’étranger ne se fait pas tout seul. C’est beaucoup d’argent, de stress, beaucoup de choses à mettre en place, et une fois sur place il en faut beaucoup pour se bouger et pour réussir. La vie à l’étranger c’est comme la vie dans n’importe quel pays : il y a des hauts et des bas et on n’a rien sans rien.

Éloignement

L’éloignement avec ses proches est sans doute une des choses les plus dificiles.
Ma maman, mes chats et ma maison me manquent, mes amis aussi, mais la France n’est pas un endroit auquel je suis vraiment attachée, donc ce n’est pas quelque chose de trop pesant pour moi au quotidien. Mais c’est sans doute difficile pour tout le monde a differents niveaux, pour certains plus que pour d’autres. ça lié à la solitude qu’on peut ressentir face aux différences culturelles. Le plus dur -pour moi du moins – dans l’éloignement c’est la culpabilité. Je ne suis pas auprès de ma mère quand elle n’est pas bien, je lui cause de l’inquiétude en étant si loin d’elle même si elle sait que je suis heureuse ici. Quand il arrive quelque chose à nos proches, on s’en veut de ne pas avoir été la. On vis notre truc à 100 à l’heure dans notre petit monde si différent et d’un coup on revient à la réalité : nos proches de l’autre côté du globe vivent aussi leur vie sans nous et le temps passe.

Différences culturelles

Je ne vais aborder que très peu les difficultés liées aux différences culturelles parce qu’elles ne me touchent pas vraiment. Je me suis tout de suite fait des amis, je me suis rarement sentie seule et rejetée/mise à l’écart, je me suis ouvert pas mal de porte. Avant de m’installer au Japon j’étais déjà venue plusieurs fois pendant l’été, j’avais donc déjà des amis et des repères, ce qui m’a énormément facilité la tâche. Vivre en France a toujours été dur pour moi, j’ai toujours eu l’impression de ne pas être à ma place et je pense que c’est une question de caractère et de mode de vie, mais ma vie au Japon et la culture japonaise me conviennent très bien en grande partie (même si certains points me révoltent et d’autres m’agacent beaucoup bien entendus, mais rien n’est parfait, c’est comme ça). J’ai quelques amis qui comme moi n’ont pas été confrontés à ce problème, mais je pense que c’est quelque chose qui touche beaucoup de monde, l’incompréhension, la solitude, l’isolement etc, ce n’est jamais facile surtout quand on vient de débarquer dans un pays inconnu, et tout ça doit etre pesant a vivre.

Stress et fatigue

Être constamment poussé en dehors de sa zone de confort est épuisant. Moi qui suis extrêmement introvertie, angoissée et timide je repousse mes limites tous les jours, si je ne fais rien personne ne viendra en mon aide et les choses ne se feront pas toute seule. J’ai du me prendre en main, gérer un tas de choses qui me terrifiaient, apprendre à gérer tout ça dans une autre langue en plus, et me faire une place, des contacts, un travail… Chaque petite chose du quotidien est un peu plus lourde, plus stressante, plus fatiguante. On s’y habitue, mais parfois ça s’entasse et ça ne va pas.

Il y aussi l’angoisse de vouloir et pouvoir faire plein de choses mais de manquer de temps. Une fois qu’on a fait la démarche de tout recommencer a 0 dans un autre pays, il y a beaucoup de choses qui changent: beaucoup de barrières dans ma tête sont tombées, je sais que je pourrais vivre n’importe ou, faire n’importe quoi. J’ai choisi d’être étudiante au Japon, mais je pourrais faire quelque chose de totalement différent dans un endroit totalement différent. On se sent à la fois libre et prisonnier : on peut tout faire, on peut tout être, tout est possible, mais justement c’est angoissant à mort. Faire un choix c’est renoncer a un million d’autres possibilités, combien d opportunités je peux prendre ? Est ce qui je fais le bon choix ? Est ce que je ne serais pas mieux ailleurs ? Et en meme temps je suis tellement bien ici et j’ai beaucoup de mal à me séparer du japon meme pour quelques semaines.

Il y a quelque chose que j’ai remarqué il y a peu de temps, c’est que toutes ces difficultés sont très peu abordées. Pour la plupart des gens, vivre à l’étranger c’est génial, on nous imagine une vie de dingue , alors que moi je vais en cours et au travail comme dans n’importe quel pays du monde, j’ai une vie assez normale, mais l’étranger. Tout le monde me dit que j’ai de la chance, que ma vie est génial je vis le rêve de beaucoup de monde (et surtout au japon ça fait rêver beaucoup de gens) mais personne, ou très peu de monde ne reconnaît a quel point c’est dur et fatiguant. Les japonais me disent que je suis super intelligente parce que je peux parler plusieurs langues, les français me disent que j’ai de la chance d’être ici. Pourtant je ne suis pas plus intelligente que n’importe qui d’autre, je parle couramment 3 langues parce que j’ai fait de mon mieux pour les apprendre et les parler. La vie géniale que je vis ici ce n’est pas de la chance, c’est le resultat de beaucoup de stress, d’argent, de temps, de courage, et le sacrifice d’être loin de sa famille. Bien sur que j’adore ma vie et que je ne l’echangerais contre rien au monde, mais parfois j’ai envie qu’on reconnaisse que c’est pas toujours facile et qu’on n’est pas arrivé là par miracle !

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